Imaz La tete
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Récupérée Si c'est une fête, aux yeux de la République c'est une naissance. C'est d'ai lleurs, cette idée d'un anniversaire commun que l'on a tenté de faire passer, selon Henri Azema :
" Instituée par le gouvernement provisoire, la fête du travail avait été, dans le principe, fixée au jour anniversaire de l'émancipation des esclaves. Plus tard, le pouvoir préféra, pour lui donner plus d'éclat et effacer tout souvenir de servitude, "Que d'intrigues nouées, sous les voûtes de ce salon qui devaient quelques années plus tard, curieuse destinée, recevoir, pour être exposé, le portrait du Commissaire général de la République, Sarda Garriga, peint par Grimaud de Saint-Paul !" Henri AZEMA, "Les plaisirs de Saint-Denis", ouv. cité, p. 254. C'est moi qui souligne.


Henri AZEMA, « Histoire de la ville de Saint-Denis », ouv. cité, p. 109.associer la célébration de cette solennité à celle de l'anniversaire de la proclamation de la République."

On passe ici de l'abolition de la servitude à l'abolition de la mémoire en posant le principe d'une naissance commune. C'est le mythe de la renaissance qui a été repris maintes et maintes fois par des acteurs de différents horizons. Sur le plan politique, on voit tout l'intérêt qui découle de ce récit originel. Le problème des responsabilités de la France est évacué par avance, la continuité de l'Etat est niée. Par contre, c'est un pacte de sang qui est scellé entre la République et ses affranchis : "Nous sommes jumeaux, ne vous cherchez pas d'autres origines". D'autre part, les fastes, "l'éclat", sont utilisés pour mieux éblouir ceux pour qui ils sont destinés, pour effacer la mémoire qui est mise en suspicion.

Prenons, par exemple, le cas de "la nommée Hortense, malgache, âgée de 35 ans ; David, créole âgé de 8 ans ; Joseph, créole âgé de 7 ans et Euphrasie, créole âgée de 9 ans" que Norbert Macé, un habitant de Saint-Leu, veut affranchir. A l'issue de démarches commencées en 1791, Joseph est inscrit "(...) la loi étant satisfaite, (...) sur le registre des naissances des personnes libres (...), afin qu'ils jouissent à l'avenir des droits civils attachés à la condition des personnes libres. » D'un siècle à l'autre, la problématique est la même, l'identité de papier s'oppose à l'appartenance ethnique : Pour que Joseph soit français, il faut qu’il soit « né à sept ans » et sa mère à 40 ans.

Ses ascendants sont niés. Certes, c'est la Traite négrière qui est responsable du déracinement et de la rupture des générations. Il n'en reste pas moins que le mythe de la renaissance par l'abolition opère de fait comme une amnistie au bénéfice des négriers, et renverse le soupçon d'incivisme pour le pointer vers les anciens esclaves puis vers leurs descendants toujours accusés de racisme ou d'esprit revanchard. Le conflit d'appartenances qui en découle vient s'ajouter aux dégâts qu'avait déjà provoqués l'esclavagisme par la destruction des familles d’esclaves.